Jésus

Quand le mythe-Christ vole en éclats


La fiabilité des références laïques à Jésus

 

J. P. Holding

Traduit par CLN

 

Durant une discussion sur William Shakespeare, un étudiant interrogea le vieux professeur au sujet de la théorie en vogue selon laquelle Shakespeare n’aurait pas écrit les pièces qui lui sont attribuées.

Le professeur grogna : « Jeune homme, si Shakespeare n’a pas écrit ces pièces, alors elles ont été écrites par quelqu’un qui vivait au même moment et avait le même nom ! »

 

C’est un signe certain de désespoir : dans les cercles incroyants, l’une des idées les plus populaire qui est avancée est le « mythe-Jésus » – l’idée que Jésus n’a même pas existé, et encore moins a conduit un ministère tel que décrit dans le Nouveau Testament. Il s’agit d’une idée qu’on pourrait supposer être reléguée aux pages du Weekly World News {NdT : un tabloïde de supermarché, considéré comme ayant peu de valeur critique} – et ça pourrait même être drôle, si ce n’était que tant de personnes prennent cela au sérieux et se font énormément entendre dans leur sérieux.

Au premier regard, le « mythe-Jésus » semble être un coup de génie : pour éliminer le christianisme et toute possibilité qu’il soit vrai, il suffit d’en éliminer le fondateur ! L’idée a été publiée de manière significative pour la première fois par un Allemand du 19e siècle du nom de Bruno Brauer. Après Brauer, il y a eu peu d’autres défenseurs : Couchoud, Gurev, Augstein [Chars.JesJud, 97-8]. Aujourd’hui, un adhérant actif mettrait de toute vraisemblance en avant l’un de quatre défenseurs de cette thèse : l’écrivain Arthur Drews, au tournant du siècle ; le plus éminent et prolifique défenseur de la thèse du mythe, ***G. A. Wells***, qui a publié cinq livres sur le sujet ; ***Earl Doherty***, ou ***Acharya S***. Chacun de ces écrivains a des approches légèrement différentes, mais ils sont tous d’accord sur le fait qu’une personne nommée Jésus n’a pas existé (ou, Wells semble avoir maintenant pris une vision selon laquelle Jésus pourrait avoir existé, mais pourrait aussi ne pas avoir existé).

Le « mythe-Jésus » a-t-il quelque soutien de la part de spécialistes ? Dans ce cas, répondre simplement « non » serait exagérer ! Le soutien au « mythe-Jésus » ne vient pas des historiens, mais habituellement d’écrivains qui évoluent loin à l’extérieur de ce domaine. G. A. Wells, par exemple, est professeur d’allemand ; Drews était professeur de mathématiques ; Acharya a seulement un diplôme inférieur en lettres classiques ; Doherty a quelques qualifications, mais manque clairement de la discipline d’un vrai spécialiste. Le plus grand soutien au « mythe-Jésus » vient non pas de gens qui connaissent le sujet, mais de propagateurs et de ceux qui acceptent leur travail de façon non critique. C’est sur ce dernier groupe qu’on a le plus de chance de tomber – et, tristement, les arguments et les preuves les déconcertent rarement. Malgré que le consensus des érudits importants soit unanime sur le fait que le « mythe-Jésus » est incorrect, il continue à être promulgué à un niveau populaire comme s’il était absolument prouvé.

« Arrête un peu, Holding. Le simple fait qu’un consensus d’historiens dise que le mythe-Jésus est faux ne signifie pas qu’il est faux. Les historiens pourraient se tromper. Ils pourraient aussi être biaisés. Puisque ce sujet est dominé par les agendas théologiques et les présupposés philosophiques, un consensus d’érudits ne constitue pas une preuve de l’existence de Jésus. »

Aussi idiot que cette phrase puisse sonner, c’est en fait là l’essentiel de beaucoup d’arguments en faveur du « mythe-Jésus » ! Derrière chaque historien se cache une conspiration, un biais, ou quelque erreur gigantesque de jugement – et parfois, même les historiens antiques sont de la conspiration, aussi ! À la fin de ce chapitre nous offrirons quelques conseils pour traiter avec ceux qui avancent ce type d’argument, mais pour le moment, chargeons-nous de cette objection et prenons-la au sérieux.

Bien sûr, il est assez possible que tous les historiens professionnels (même ceux sans intérêt religieux !) soient biaisés ou aient tort, alors que les partisans du « mythe-Jésus » sont les plus objectifs. Et, oui, un consensus n’est pas égal à une preuve.  Mais un consensus sur n’importe quelle question historique est d’habitude basé sur des preuves qui sont analysées par ceux que l’on reconnaît comme d’autorité dans leur domaine, et peuvent donc être pris au mot. Si ce n’était pas le cas, pourquoi devrait-il y avoir un quelconque critère pour que quelqu’un soit historien ? Pourquoi ne prendrions-nous pas simplement un passant au hasard dans la rue pour le laisser composer l’histoire officielle de l’Amérique du 20e siècle pour les archives du Smithsonian {NdT : la Smithsonian Institution est le plus grand complexe de musées au monde et est une référence pour les archives officielles en recherche historique} ?

Ainsi, bien qu’un consensus d’érudits ne soit pas lui-même une preuve, il fonctionne comme un signe « à coefficient » ou « d’avertissement » : si une personne se met d’accord avec ses pairs qui sont des spécialistes détaillés de la même matière, alors il y a besoin de moins de preuves qu’il y en aurait eu besoin, si d’aventure nous étions en désaccord avec leur consensus (comme le serait une très petite minorité). Nous ne devrions pas fournir juste un « bon argument », mais nous aurions aussi à réfuter d’abord tous les arguments du consensus. En d’autres mots, le témoignage des experts et les consensus peuvent servir de médiateurs pour des preuves. Pour cette raison, l’argument selon lequel le consensus ne compte pas en tant que preuve, bien que correct de par lui-même, ne peut pas être accepté pour tenir lieu de dévalorisation du consensus, ni pour arrondir les angles. Ce serait presque comme le critère « les positions extraordinairement bizarres nécessitent des preuves extraordinaires », qui circule dans les cercles savants. Une position aussi minoritaire que le « mythe-Jésus » n’est pas courageuse, mais audacieuse – à moins que quelqu’un ait une preuve considérablement plus forte que la majorité ; et quand bien même elle le serait, spéculer sur les visions alternatives au sujet des références historiques, comme cela se retrouve communément dans les cercles du « mythe-Jésus », c’est s’asseoir sur une branche sciée !

Si les partisans du « mythe-Jésus » étaient soit des historiens qualifiés, soit possédaient une connaissance équivalente, alors leur position de contre-consensus pourrait mériter d’être prise plus sérieusement. Cependant, la prévalence accablante des explications tourmentantes, des théories inventives, des arguments du silence, et des totales déformations pour contourner le fait que Jésus a existé atténue fortement l’envie d’offrir aux pro-mythe-Jésus une consolation de niveau scolaire. L’argument va plus loin que de dire que les auteurs tels G. A. Wells sont des spécialistes à l’extérieur de leur domaine ; il y a aussi que le fait qu’ils soient hors de leur domaine apparaît comme une plaie béante ! Drews, par exemple [Drew.WH, 16-17], en essayant de montrer qu’il y avait des arguments dans les débuts de l’histoire de l’Église pour soutenir que Jésus n’a pas existé, cita ces lignes du Dialogue avec Tryphon de Justin. Tryphon, un Juif sceptique sur le christianisme, parle avec Justin ; le passage d’intérêt dit (les mots utilisés par Drews, etc. sont mis en gras) :

Lorsque j’eus dit ceci, mes amis bien-aimés, ceux qui furent avec Trypon rirent ; mais lui, souriant, dit « J’approuve tes autres remarques, et admire l’ardeur avec laquelle tu étudies les choses divines ; mais il eût été meilleur pour toi de te conformer à la philosophie de Platon, ou de quelque autre homme, en cultivant l’endurance, la tempérance, et la modération, plutôt qu’être trompé par de fausses paroles, et suivre les opinions des hommes d’aucune réputation. Pour toi si tu persistes dans ce mode de philosophie, et vis irréprochablement, un espoir d’une destinée meilleure te fût laissé ; mais quand tu as abandonné Dieu, et as remis ta confiance en l’homme, quelle sûreté t’attend ? Si, donc, tu veux m’écouter (car je t’ai déjà considéré comme ami), sois d’abord circoncis, et observe les ordonnances qui ont été décrétées en matière de Sabbat, et des fêtes, et des nouvelles lunes de Dieu ; et, en un mot, fais toutes les choses qui ont été écrites dans la loi : et peut-être ensuite obtiendras-tu la miséricorde de Dieu. Mais Christ – s’Il est né en effet, et existe quelque part – est inconnu, et ne Se connaît même pas Lui-même, et n’a pas de pouvoir jusqu’à ce qu’Elias vienne pour L’oindre, et Le rendre manifeste à tous. Et vous, ayant accepté une rumeur sans fondement, inventez un Christ pour vous-mêmes, et en son nom êtes en train de périr inconsidérément. »

Drews écrit en sous-entendant que ces citations se réfèrent à Jésus, et que c’était Jésus qui avait été « fait » et qui était « complètement inconnu ». Mais ces citations rendent clair le fait que Tryphon ne se réfère pas à l’homme Jésus. Tryphon prend l’historicité de Jésus pour un fait établi tout au long du débat avec Justin. Considérez ces passages comme des échantillons :

·        XXXII – « … Mais votre soi-disant Christ était déshonorable et sans gloire, tant et si bien que la dernière malédiction contenue dans la loi de Dieu s’est abattue sur lui, car il fut crucifié. »

·        XXVI – « Montrez maintenant si cet homme est Celui duquel ces prophéties furent faites. »

·        XXXVIII – « Car vous proférez beaucoup de blasphèmes, en ce que vous cherchez à nous persuader que cet homme crucifié était avec Moïse et Aaron, et leur parla dans la colonne de la nuée ; ensuite qu’il devint homme, fut crucifié, et s’éleva au ciel, et revient sur terre, et devrait être adoré. »

·        XXXXIX – Et Tryphon dit, « Ceux qui affirment qu’il a été un homme, et a été oint par élection, et ensuite est devenu Christ, m’apparaissent parler plus plausiblement que vous qui maintenez ces opinions que vous exprimez. Car nous nous attendons tous à ce que Christ sera un homme [né] des hommes, et qu’Élie lorsqu’il viendra l’oindra. Mais si cet homme apparaît être le Christ, il doit certainement être connu en tant qu’homme [né] d’hommes ; mais, vu de la circonstance qu’Élie n’est pas encore venu, je déduis que cet homme n’est pas Lui [le Christ]. »

C’est un verbiage étrange si Tryphon croit que les chrétiens ont perpétré une fraude au point d’inventer un homme de l’histoire ! Ce que Tryphon veut dire est que le Messie – c’est-à-dire, la fonction de Messie – a été inventé par les chrétiens : il dit que le « Christ » n’est pas venu en Jésus, mais que les chrétiens ont fait de Jésus un Christ pour eux-mêmes ; et si le vrai Messie était né et vivait quelque part, il est entièrement inconnu ! La question ici se rapporte à la croyance juive que le Christ, lorsqu’il viendrait, ne se déclarerait pas (une croyance que nous voyons prouvée par la circonspection de Jésus en déclarant être le Messie, et en ce que Bar-Kokhba, lorsqu’il arriva, ne proclama pas le titre pour lui-même). Tryphon accuse les chrétiens, donc, d’identifier comme Christ quelqu’un qui n’est pas Christ ; il ne les accuse pas de fabriquer un homme de l’histoire ! Cet argument de Drews, qui doit au fait de prendre les citations de Tryphon vraiment hors de leur contexte littéraire et social, devrait être extrêmement embarrassant pour d’autres défenseurs mythicistes ; mais même Wells et Doherty en font usage !

Le défenseur moderne du « mythe-Jésus » ne s’en sort pas mieux. G. A. Wells a aussi repris de « l’erreur Tryphon » dans son dernier ouvrage. À un autre endroit, en tentant d’expliquer pourquoi Pilate fut choisi comme personne qui autorisa la mort son Jésus fictif, Wells dit qu’il fut choisi parce qu’il était « particulièrement détesté par les Juifs, et est en fait le seul des préfets qui gouvernèrent la Judée entre 6 av. J.-C. et 41 qui attira suffisamment d’attention pour être discuté par les deux écrivains juifs principaux du premier siècle », Philon et Josèphe. [Hoff.JesH, 39-40] En d’autres mots, Pilate fut choisi parce qu’il semblait qu’il ferait quelque chose comme les Évangiles le décrivent ! Il s’agit d’une meilleure preuve, si du moins ç’en est une, que les rédacteurs des Évangiles savaient de quoi ils parlaient, parce qu’ils connaissaient l’histoire.

Restons simple, il faut ignorer une bonne dose de preuves, et traiter le reste des preuves de façon très injuste, pour renier que Jésus a existé. L’historien spécialisé en études gréco-romaines, Michael Grant, qui n’agit certainement pas par intérêt théologique, indique qu’il y a plus de preuves en faveur de l’existence de Jésus qu’il n’y en a pour un grand nombre de personnages païens célèbres – mais dont personne n’oserait arguer de la non-existence. Meier [Meie.MarJ, 23] note que ce que nous savons d’Alexandre le Grand pourrait tenir sur seulement quelques feuilles de papier ; pourtant personne ne doute qu’Alexandre le Grand a existé. Charlesworth a écrit que « Jésus a existé ; et nous savons plus sur lui qu’à peu près tout Juif palestinien avant 70 de notre ère. » [Chars.JesJud, 168-9] Sanders [Sand.HistF, xiv] fait écho à Grant, disant que « Nous savons beaucoup sur Jésus, énormément plus que sur Jean-Baptiste {NdT : d’autres l’appellent Jean le Baptiste ou Jean le Baptiseur}, Theudas, Judas le Galiléen, ou n’importe laquelle des figures dont nous possédons les noms depuis approximativement la même période et le même endroit. » Sur la Crucifixion, Harvey écrit : « Il ne serait pas exagéré de dire que cet événement est mieux attesté, et soutenu par un déploiement encore plus impressionnant de preuves, que n’importe quel autre événement d’une importance comparable dont nous aurions connaissance depuis le monde antique. » [Harv.JesC, 11] Dunn [Dunn.EvJ, 29] donne une anecdote similaire à celle rapportée plus haut concernant Shakespeare. Au sujet de la thèse de Wells, il écrit :

La thèse alternative est qu’en trente ans avait évolué un complexe tellement harmonieux et cohérent de traditions concernant un personnage inexistant tel que nous l’avons dans les sources des Évangiles est proprement trop invraisemblable. Cela engage trop d’hypothèses complexes et spéculatives, en contraste avec l’explication beaucoup plus simple qu’il y a simplement eu un Jésus qui a fait et dit à peu près ce que les trois premiers Évangiles lui attribuent. Le fait des débuts du christianisme et le caractère de sa tradition la plus ancienne {sont} tels que nous pourrions uniquement renier l’existence de Jésus en faisant l’hypothèse de l’existence de quelque autre figure qui fut une cause suffisante des commencements du christianisme – une autre figure qui, après mûre réflexion, se révèlerait probablement très semblable à Jésus !

Pour finir, donnons le coup de grâce avec ces mots d’un sceptique endurci et Professeur émérite d’Histoire, Morton Smith [Hoff.JesH, 47-8]. Sur l’ouvrage de Wells, cet historien et sceptique du christianisme orthodoxe écrivit :

« Je ne pense pas que les arguments dans le livre de (Wells) méritent une réfutation détaillée. »

« […] il argumente principalement à partir du silence. »

« […] nombre (de se arguments) sont incorrects, beaucoup trop nombreux pour être discutés dans cet espace. »

« (Wells) nous offre de la mythologie privée que je trouve incroyable au-delà de tout dans les Évangiles. »

Aucun de ces érudits, soulignons-le, ne sont des amis du christianisme fondamentaliste ou évangélique. Contrairement aux protestations du consortium du « mythe-Jésus », ils font leurs déclarations sur base de preuve, non d’idéologie. La conspiration et les biais existent uniquement dans leur imagination.

« Ça ne suffit pas. Si Jésus a existé et était si célèbre, nous devrions avoir entendu beaucoup plus le concernant dans des sources historiques à l’extérieur du Nouveau Testament et des Pères de l’Église. Le fait qu’on ait écrit tellement peu au sujet de Jésus indique qu’il était la création de l’église. »

Que du contraire, le fait que nous ayons autant d’information que nous en avons concernant Jésus venant de sources non chrétiennes est étonnant en soi. Meier [Meie.MarJ, 7-9] et Harris [Harr.3 Cruc, 24-27] ont indiqué plusieurs raisons pour lesquelles Jésus est resté un « Juif marginal » au sujet duquel nous avons si peu d’information :

1.      Pour autant que les historiens de l’époque étaient concernés, il n’était qu’un « coup de vent ». Jésus n’était pas considéré comme historiquement significatif par les historiens de son temps. Il ne s’était pas adressé au Sénat romain, ni n’avait écrit de traités approfondis de philosophie grecque ; il n’a jamais voyagé à l’extérieur des régions de Palestine, et n’était le membre d’aucun parti politique connu. C’est uniquement parce que les chrétiens, plus tard, ont fait de Jésus une « célébrité » qu’il est devenu connu. Sanders, en comparant Jésus à Alexandre, note que ce dernier « modifia tellement grandement la situation politique dans une large partie du monde que l’allure principale de sa vie publique est très bien connue, en effet. Jésus n’a pas changé les circonstances sociales, politiques et économiques en Palestine [Note : il a laissé à ses disciples la tâche de le faire !] […] la supériorité des preuves sur Jésus se voit lorsqu’on demande ce qu’il pensait. » [Sand.HistF, 3] Harris ajoute qu’« on s’attendrait difficilement à ce que les écrivains romains aient prévu l’influence subséquente du christianisme sur l’Empire romain et qu’ils aient donc soigneusement documenté » les origines du christianisme. Comment devaient-ils savoir que ce prophète nazaréen mineur pourrait causer tellement d’histoires ?

2.      Jésus fut exécuté en tant que criminel, ce qui lui conférait le summum de la marginalité. Voilà la raison pour laquelle les historiens auraient ignoré Jésus. Il a souffert de l’humiliation ultime, tant aux yeux des Juifs (Deut. 21:23 – Qui que ce soit qui soit pendu à un arbre est maudit !) que des Romains (Il mourut de la mort des esclaves et des rebelles {NdT : les Romains considéraient la crucifixion comme le pire des supplices ; elle était connue par les Romains d’après l’adage « Mors turpissima crucis », « la mort en croix, suprême infamie » – Mordillat & Prieur, Jésus après Jésus, Éd. du Seuil, 2004, p.16}). D’un autre côté, Jésus était une menace minime comparée à d’autres prétendus « Messies » de l’époque. Rome devait appeler des troupes pour mater les troubles causés par l’Égyptien non identifié auquel le Livre des Actes fait référence [Sand.HistF, 51]. Par contraste, aucune troupe n’était requise pour supprimer les suiveurs de Jésus. Pour les Romains, principaux gardiens de l’histoire écrite en ce temps, Jésus, pendant Sa propre vie n’aurait pas été différent de milliers d’autres criminels quotidiens qui étaient crucifiés.

3.      Jésus se marginalisait lui-même en s’occupant en tant que prêcheur itinérant. Bien sûr, il n’y avait pas de Chaîne Palestinienne d’Information, et même s’il y en avait eu, il n’y avait pas de télévision pour la diffuser. Jésus n’a jamais établi d’« organes de presse » de l’époque pour répandre son message. Il voyageait à travers la campagne, en évitant pour la plus grande part (et à l’exception de Jérusalem) les principaux centres urbains de l’époque. Comment considèrerait-on quelqu’un qui prêchait uniquement dans des sites comme, disons, Hahira, en Géorgie ? {NdT : localité campagnarde très reculée et très peu peuplée, comparable à des lieux tels Dubreuilville (Ontario/Canada), Bettingen (canton de Bâle/Suisse), Plouay (Morbihan/France), Durbuy (province de Luxembourg/Belgique), ou tant d’autres endroits que vous ne connaissez probablement pas, à moins d’en être originaire...}

4.      Les enseignements de Jésus ne faisaient pas de quartier, et étaient souvent offensantes pour l’ordre religieux établi de l’époque. Il a été dit que si Jésus apparaissait aux nouvelles aujourd’hui, ce serait un fauteur de trouble. Il ne se faisait certainement pas beaucoup d’amis en tant que prêcheur.

5.      Jésus vivait un style de vie outrageux et éloignait beaucoup de gens. Il s’associait aux méprisés et aux rejetés : les collecteurs d’impôts, les prostituées, toute la bande de pêcheurs qu’Il avait comme disciples.

6.      Jésus était un pauvre, un rural dans un pays dirigé par des riches de la courtoisie. Eh oui, la discrimination des classes était en vigueur et bien vivante au premier siècle aussi !

Une dernière considération : on possède très peu d’informations issues des sources du premier siècle, pour commencer. Pas grand nombre d’entre elles n’ont survécu à l’épreuve du temps depuis l’an 1 apr. J.-C. jusqu’aujourd’hui. Blaiklock a catalogué les écrits non chrétiens de l’Empire romain (autres que ceux de Philon) qui ont survécu au premier siècle et ne mentionnent pas Jésus. Ces thèmes sont :

·        Une histoire amateur de Rome par Vellius Paterculus, officier retraité de l’armée de Tibère. Elle fut publiée en 30 apr. J.-C., juste quand Jésus commençait dans Son ministère.

·        Une inscription qui mentionne Pilate.

·        Des fables écrites par Phèdre, un affranchi macédonien, dans les années 40 apr. J.-C.

·        Des années 50 aux années 60 apr. J.-C., Blaiklock nous dit : « Des serre-livres espacés {de trente centimètres} sur ce bureau sur lequel j’écris contiendraient les œuvres de ces années significatives. » Y sont inclues les œuvres philosophiques et les lettres de Sénèque ; un poème de son neveu Lucan ; un livre sur l’agriculture par Columelle, soldat retraité ; des fragments du roman Satiricon de Gaius Petronius ; quelques lignes d’un satiriste romain, Persius ; Historia Naturalis de Pline l’Ancien ; des fragments d’un commentaire de Cicéron par Asconius Pedanius, et finalement, l’histoire d’Alexandre le Grand par Quinus Curtius.

De tous ces écrivains, seul Sénèque pourrait de manière concevable avoir une raison de faire référence à Jésus. Mais, étant considéré ses problèmes personnels avec Néron, il est douteux qu’il ait eu l’intérêt ou le temps de faire quelque travail sur le sujet.

·        Des années 70 aux années 80 apr. J.-C., nous avons quelques poèmes et épigrammes de Martial, et des œuvres de Tacite (un travail mineur sur l’oratoire) et Josèphe (Contre Apion, Guerres des Juifs). Aucun de ceux-là n’aurait offert l’occasion de mentionner Jésus.

·        Des années 90, nous avons une œuvre poétique de Statius ; douze livres par Quintilien sur l’oratoire ; la biographie par Tacite de son beau-père Agricola, et son œuvre sur la Germanie. [Blaik, MM, 13-16]

À ceci, Meier ajoute [ibid., 23] qu’en général, la connaissance de l’immense majorité des peuples antiques n’est « simplement pas accessible pour nous aujourd’hui par la recherche historique et ne le sera jamais. » C’est tout à fait ce que disait le commentaire sur Alexandre le Grand : ce que nous savons de la plupart des gens de l’Antiquité en tant qu’individus tiendrait sur quelques morceaux de papier. Ainsi, il serait assez tangent pour un sceptique de se plaindre que nous savons tellement peu à propos du Jésus historique, et que nous avons si peu de choses rapportées à Son sujet dans les sources païennes anciennes. Comparé à la plupart des antiques, nous savons pas mal de choses au sujet de Jésus, et nous avons rapporté pas mal à son sujet ! (Pour une réponse à une liste fréquemment utilisée d’écrivains qui aurait prétendument mentionné Jésus, voyez ***ici***.)

Et les chrétiens, alors ?

Dans cette série d’articles, nous nous pencherons brièvement sur la question de savoir si les témoignages du Nouveau Testament et/ou des Pères de l’Église offrent une preuve suffisante de l’existence et de la vie de Jésus. La plupart des historiens s’accordent à dire que ces sources sont suffisantes pour attester de l’existence de Jésus. Le fait qu’elles soient des comptes-rendus fiables de la vie de Jésus est une autre question, mieux abordée dans d’autres endroits.

Sur le plan plus pratique et populaire, utiliser le Nouveau Testament et les Pères de l’Église comme preuve de l’existence de Jésus se révèle généralement être une entreprise stérile. Comme on pourrait se le dire de la réaction typique à l’opinion des historiens professionnels, l’adhérent au mythe-Jésus dira automatiquement « Eh bien, la Bible et les Pères de l’Église sont biaisés. Bien sûr qu’ils affirment que Jésus était réel. » Ces mots mettent souvent un terme au niveau populaire de cet argument.

Donc, pour ce qui nous concerne, il n’y a vraiment aucun besoin de poursuivre beaucoup plus de ce côté du sujet, sinon de citer l’anecdote illustrative de Harris, qui bien que son application soit légèrement différente, dit bien ce que nous recherchons [Harr.3Cruc, 25] :

Derrière la recherche de témoins non chrétiens supplémentaires de l’existence de Jésus il y a le refus d’accepter le témoignage des quatre écrivains que nous avons. Devrions-nous rejeter les quatre parce qu’ils ne sont pas quarante ? Le silence de la majorité imaginaire ne peut pas renverser le témoignage clair de la minorité. Cette demande d’autres témoins nous rappelle l’anecdote d’un homme accusé de vol. Lors de son procès l’accusation a amené quatre témoins qui l’ont vu commettre le délit, alors que la défense a produit comme preuve quatorze personnes qui ne l’ont pas vu le faire. Inutile de le dire, l’homme a été reconnu coupable !

Pour le dire succinctement, la règle de la parcimonie, ou théorie la plus simple, s’applique ici. Elle est utilisée explicitement comme critère pour décider entre des hypothèses rivales d’un pouvoir égal d’explication, et la théorie la plus simple gagne. (Ou, comme un lecteur l’a dit : « Non seulement l’hypothèse A possède plus d’éléments qui demandent un soutien expérimental que l’hypothèse B en a, mais encore certains éléments en demandent plus que ceux de l’hypothèse B. » Le rasoir d’Occam est une erreur logique et qu’un scientifique [comme un physicien] devrait NE PAS utiliser pour éliminer les théories ; mais les historiens pourraient être capables de l’utiliser dans une forme pareille.) Même si nous accordons la vision largement outrageuse selon laquelle le « mythe-Jésus » détient un pouvoir égal d’explication, il serait rejeté par la loi de la parcimonie. Mais, puisqu’il faillit à expliquer la grande majorité de détails – la passion de la minorité, le triomphe sur des scènes fermées, la résistance à la modification par les cultures successives, l’uniformité dans des sources variées, etc. – il n’y arrive jamais à ce point-là. La parcimonie, en résumé, est fortement liée à la plausibilité, et l’explication la plus parcimonieuse et la plus plausible pour l’origine du christianisme dans ce cas est que Jésus a réellement existé.

Ceci considéré, nous nous tournons maintenant vers des mini-dissertations sur les sources non chrétiennes de la vie et de l’existence de Jésus. Pour chacune des références, nous poserons ces questions, puisqu’elles s’appliquent :

S’agit-il d’une référence authentique, ou y a-t-il des doutes sur sa véracité ? Se réfère-t-elle vraiment à Jésus ?

Cet historien/écrivain est-il une source fiable ? Y a-t-il une bonne raison de croire ce qu’il/elle dit ?

Quelles objections ont-elles été retenues à l’encontre de cette citation ?

Qu’apprenons-nous au sujet de Jésus et/ou du christianisme de la part de cet historien/écrivain ?

Nous concluons qu’on trouve trois niveaux de sources :

·        Les sources hautement fiables. Il y en a deux : ***Tacite*** et ***Josèphe***.

·        Les sources modérément fiables. Nous en trouvons trois : ***Thallus***, ***Pline*** et ***Lucien***. Pour ce qui est de Thallus, veuillez aussi voir notre lien dans notre essai sur l’essai de Glenn Miller concernant ce sujet. (Nous regarderons quelques objections aux citations de Thallus.)

·        Les sources marginalement fiables ou non fiables. Il y en a trois dans cette classe : ***Suétone***, la lettre de ***Mara Bar-Sérapion***, et le ***Talmud***.



Conclusion : ce qu’il faut faire de ces informations

L’évidence est là : le mythe-Jésus est une spéculation non fondée, contraire à toutes les preuves, et totalement basée sur rien. Voici nos pensées conclusives sur le sujet :

Je suis personnellement arrivé à la conclusion que l’adhérence au « mythe-Jésus » n’est pas le résultat d’une délibération soigneuse des preuves, mais plutôt, le produit et la matière de prédilection des esprits sceptiques aux prises d’une obsession. Il y a longtemps, j’ai présenté les informations sur Tacite ci-dessus à un partisan du mythe-Jésus – dont la SEULE source de données était G. A. Wells. Il a répondu avec le sous-entendu que Tacite était secrètement ligué avec les chrétiens de son époque ! Ensuite, en réponse aux opinions d’historiens professionnels et distingués concernant le travail de Wells, il a simplement suggéré qu’ils n’avaient pas lu Wells soigneusement, ou même pas du tout !

Certains pourraient dire que c’est pleinement aberrant, mais ça ne l’est pas : c’est le mode opératoire du cercle du mythe-Jésus. Un sceptique connu, Gordon Stein, cita comme autorité sur Josèphe les travaux de Nathaniel Lardner – de 1838 ! Il n’y avait pas le moindre soupçon que Stein avait consulté les travaux des spécialistes joséphiens comme Thackery et Feldman ; il n’y a pas de tacitiens, pas de citations d’experts connus en histoire grecque et romaine ; à la place, la bibliographie de ce compte-rendu est bardée de travaux de G. A. Wells et d’Arthur Drews ! Est-ce l’œuvre d’une personne raisonnable, ou de quelqu’un aux prises de l’obsession ?

La question reste pleine : qu’est-ce qui, dans ce monde, pourrait prendre des gens par ailleurs intelligents et éduqués au point d’être si peu critiques dans leurs croyances concernant l’existence de Jésus ? Voici mon conseil en la matière : si vous avez rencontré des personnes comme cela, je vous recommande chaudement de leur fournir une présentation claire de l’Évangile, et ensuite laissez-les seuls. C’est une perte de temps de traiter avec des personnes pareilles (sauf dans la mesure où ils en trompent d’autres), nous ne rendons aucun service dès lors que nous voulons ne serait-ce qu’insinuer que leurs vues devraient êtres prises au sérieux. Leurs vues sont le résultat d’une nature humaine déchue et pécheresse, d’un égotisme et d’une arrogance rampants, et rien de plus.


Pour en savoir plus, voyez nos répliques à :

·        ***G. A. Wells***

·        ***Earl Doherty***

·        ***C. Dennis McKinsey***

·        ***Acharya S***

·        ***Un athée fondamentaliste*** que nous appellerons « Bananaz »

·        ***Dan Schneider***

·        ***Kenneth Humphreys*** (jesusneverexisted.com)



Le défi Gamaliel

Petite mise à jour. De temps à autre j’aime lancer des défis au sujet desquels je suis pratiquement sûr d’être ignoré pendant 500 années ; ça me va, parce que c’est vraiment là un point intéressant. Alors, voilà la nouveauté : je défie un partisan du mythe-Christ de me prouver que le Rabbin Gamaliel (Actes 5:34) n’était pas un mythe.

Ne vous bousculez pas pour me dissuader… Voyez-vous, à côté de la référence en Actes, Gamaliel n’est mentionné à aucun endroit que ce soit, excepté dans une poignée dérisoire de sources rabbiniques (voyez ***ici***) de centaines d’années après. Puisque vous pensez que Actes n’a été écrit qu’au deuxième siècle, cela signifie que tout ce que nous avons pour prouver que Gamaliel existait se trouve dans une série d’ouï-dire de troisième main (au mieux) – et, pour autant que ce que je sais sur l’historien expert Thomas Paine, tout ouï-dire est automatiquement jeté à la poubelle et on n’y croit pas.

Et pourtant, des personnes juives (avec un intérêt confessionnel évident !) voudraient que nous croyions que ce type « a occupé une position dirigeante dans la cour la plus haute, le grand conseil de Jérusalem. » Qu’est-ce qu’ils sont, des idiots religieux ? Ils disent aussi qu’il écrivit trois épîtres. Génial ! Elles pourraient avoir été falsifiées par des fanatiques de Gamaliel dans les siècles tardifs. Je dis que c’est ici le cas ; comme l’un de ces documents rabbiniques sans valeur le dit, « Lorsqu’il mourut l’honneur [respect apparent] de la Torah cessa, et la pureté et la piété devinrent éteints » (Sot.ah xv: 18). Je dis qu’il était une feinte, et un point de ralliement pour garder les personnes juives alignées durant la période de trouble après Bar-Kokhba.

Je trouve aussi suspect (voir le lien ci-dessus) le fait qu’il était la première personne à avoir le titre « rabbân ». Je pense que cela a été appliqué sur lui en retour par les Juifs comme moyen d’honorer cet imposteur, qui n’a de toute évidence jamais existé et n’était qu’une conception de l’esprit pour inspirer les personnes juives.

Pour finir, si ce gars, Gamaliel, était un tel petit génie et un si grand leader juif, pourquoi son nom manque-t-il des travaux des historiens de l’époque ? Il n’est pas mentionné par le principal historien juif de son époque, Josèphe, qui en tant que contemporain l’aurait sûrement reconnu comme homme brillant si tout ce qui a été dit ci-dessus à son sujet était vrai. On ne le trouve pas dans les travaux de Tacite, Plutarque, Quintilien, Sénèque, Pline, Juvénal, Arrien, Pétrone, Appien, Lucanus, Silius Italicus, Ptolémée, Lucien, Pompon Mela, Favorinus, Damis, Columelle, …, Joyeusus, Idiotus, Marchéopus, ni Doc. Il est sûr que si ce gars était tellement important, l’un de ces écrivains aurait pris le temps d’au moins écrire une phrase à propos de lui. Pourquoi ne l’ont-ils pas fait ?

Les quelques comptes-rendus que nous avons de lui sont également suspects. Il n’y a pas le moindre indice de l’endroit où il est né, ou d’où il a été éduqué, ou quels genres de tacos il aimait, ni quoi que ce soit. Il est sûr que quelque chose aurait poussé quelqu’un à blablater sur toutes ces informations contextuellement inutiles à son sujet. Étant donné que Gamaliel de Jabneh, également connu comme Gamaliel le Jeune (petit-fils supposé de cette figure évidemment mythique, Gamaliel l’Ancien) était le chef de l’école de Jabneh, qui devint le centre du judaïsme et des études juives après le destruction de Jérusalem, on pourrait facilement spéculer que la raison pour inventer le mythe Gamaliel était que les personnes en charge de l’école de Jabneh avaient besoin de doper l’autorité de leur école ; ils ont donc inventé ensemble ce mythe Gamaliel en vue d’enraciner l’autorité de leur figure dirigeante jusqu’au supposé « rabbân ».

Je pense que Gamaliel n’a jamais existé. Longue vie au mythe Gamaliel ! Vous, essayez un peu et prouvez-moi que je me trompe !


Sources pour la série

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