Le Nouveau Testament
Dates de l'Évangile, Auteurs de l'Évangile, Libertés dans la Composition des Évangiles

 

Profils des Sujets Essentiels portant sur les Quatre Évangiles


J. P. Holding

 

[Anonymat supposé des auteurs des évangélistes] [Libertés dans la Composition ]

 

 

Posons tout d'abord les questions fondamentales. C'est-à-dire: Qui a écrit les Évangiles? Quand furent-ils écrits? et d'une manière générale, y'a t-il des raisons de suspecter qu'ils puissent être remplis de fabrications?

Le point de vue habituel scéptique/critique soutient ainsi que:

·        Les Évangiles sont des documents anonymes. Nous ne pouvons pas savoir avec certitude qui les a alors écrits.

·        Les Évangiles sont des documents tardifs, écrits entre 70-100 ap.JC, ou même durant le 2éme siècle ap.JC selon certains.

·        Les Évangiles sont, à divers endroits, le produit de l'imagination de leurs auteurs.

Nous verrons au cours de notre investigation à venir que ces affirmations sont infondées, et vont à l'encontre des preuves dont nous disposons. Nous affirmons par ailleurs que :

 

·        Il existe d'excellentes raisons pour soutenir l'attribution traditionnelle faite aux auteurs des Évangiles, dès lors où les tests standards, une fois appliqués, permettront de le déterminer;

·        Il n'y pas de raisons pour dater les Évangiles au-delà de 70 ap.JC, bien qu'une telle datation soit permise dans le cas de Jean;

·        Il n'y a pas de raisons de supposer que les auteurs des Évangiles prirent des libertés créatrices avec les événements qu'ils rapportent, au point de les fabriquer.

Nous examinerons puis écarterons les arguments communs en faveur d'une datation tardive des Évangiles, et ceux en faveur d'un rejet de l'attribution traditionnelle des Évangiles aux quatre Évangélistes. En plus de cela, je souhaiterai efféctuer deux mises au point :

L'origine et la date sont importantes; mais pas plus que ne l'est la question de la véracité des Évangiles et de leur contenu. Quels que soient la date et les auteurs des Évangiles, si ces derniers reflètent correctement la réalité, cela indiquerait qu'ils ont été écrits par des témoins occulaires, ou qu'ils ont des témoins occulaires pour source. Ainsi, même si l'attribution traditionnelle des Évangiles aux quatre Évangélistes est mise en doute, ainsi que la datation en faveur de l'ancienneté des Évangiles -et j'entends démontrer que les arguments allant dans ce sens sont infondés- cela a somme toute assez peu d'importance, pourrions-nous spéculer, de savoir qui les a écrits et quand. (Hengel  [Heng.4G, 6] note qu'il n'existe qu'une seule biographie de Mahomet, écrite 212 ans après sa mort, à partir d'une source datant d'environ 100 ans après sa mort, et pourtant "le scépticisme historique de la critique savante Européenne est nettement moindre" lorsqu'il est question de Mahomet!)

Les arguments critiques portant sur les auteurs et les dates d'origine des Évangiles tournent autour des mêmes données, et ont tourné autour d'elles pendant ces 2 dernières millions d'années. En fait, peut être pas 2 millions; c'est une hyperbole visant à souligner un point qui lui, EST vrai: C'est-à dire qu'à de très,TRÈS rares exceptions, critiques et sceptiques opposent régulièrement les mêmes arguments aux données traditionelles, en en abusant encore et encore, jusqu'à nous en donner la nausée. Dans mon parcours actuel de la littérature, j'ai pu constaté que les arguments critiques typiques ont été employés jusqu'à un point d'usure par les scéptiques et ont recu des réponses plus que suffisante de la part des traditionalistes; pourtant les critiques ont rarement daigner répondre aux contre-arguments qui leur sont présentés, et ne le font qu'à travers de bien pauvres réfutations. Je poursuiverai bien entendu mes recherches, mais il semble bien qu'il y'ait une réticence de la part des critiques "à se défendre ou à se taire" devant les contre-arguments traditionalistes! 

Depuis la présentation initiale de cet essai remontant à quelques années, Glenn Miller a doublement contribué à répondre à James Still (ici et ici) en rapport avec notre sujet. Toute réfutation critique du présent essai impliquerait également une prise en compte du travail de Miller. Scéptiques... vous feriez mieux de commencer à éplucher ces livres.



Les Auteurs des Évangiles : Considérations d'ordre Général

L'"anonymat" des auteurs des Évangiles est une idée à laquelle les scéptiques aiment souvent se raccrocher. j'ai pourtant remarqué qu'en élaborant leurs arguments, les critiques ne parviennent jamais à nous expliquer comment cet argument fonctionnerait si il était également appliqué aux anciens documents séculiers dont l'authenticité ou l'auteur d'origine ne sont pas (ou plus) remis en question, bien qu'ils soient en tous points aussi "anonyme" que le sont les Évangiles. Si l'on nous objecte que les auteurs des Évangiles ne se nomment nulle part à travers leurs écrits, -- et c'est un point qu'il convient de souligner, même parmis les traditionnalistes -- ceci est alors également valable pour de nombreux autres documents anciens, tels les Annales de Tacite. L'attribution de l'oeuvre à l'auteur d'origine se trouve non pas dans le texte, mais dans les titres, comme c'est le cas pour les Évangiles. Les critiques pourraient affirmer que ceux-ci furent ajoutés plus tard aux Évangiles, mais ils doivent alors nous en fournir une preuve textuelle (ex: une copie de l'Évangile de Matthieu sans titres d'attribution à Matthieu, d'une date ultérieure ou assez ancienne pour suggérer qu'il ne s'agissait pas d'une simple omission tardive et accidentelle), et surtout, pourquoi ne pas supposer également que les titres aux oeuvres séculières ait pu également être des ajouts ultérieurs?

Pour que lecteur puisse pleinement apprécier l'ampleur de cette situation, j'aimerais présenter ici une liste de preuves externes sur la paternité des oeuvres de Tacite. Je souhaite remercier Roger Pearse  pour m'avoir aimablement fait parvenir les copies des pages appropriées tirées du livre de Mendell, spécialiste du genre, Tacite : L'Homme et Son Oeuvre. Mendell répertorie les données historiques portant sur Tacite; nous nous interresserons seulement aux preuves allant jusqu'au sixième siècle (pour les raisons citées plus loin par Mendell). En agissant de la sorte, nous inciterons les critiques à comparer ces caractéristiques à celles des Évangiles. Nous allons présenter les commentaires de Mendell's en y incluant les nôtres.

LES Annales furent probablement "publiées" en 116, la dernière des oeuvres de Tacite à paraître. Parmi les contemporains de Tacite, seul Pline le mentionne. Ces écrits et les traces de leur utilisation jusqu'au temps de Boccaccio sont infimes. Il n'est pas juste, néanmoins, d'affirmer que Tacite et ses écrits furent pratiquement inconnus. Ils furent négligés----probablement, ou au moins en partie, à cause de ses fortes tendances républicaines, et d'autre part, parceque les pères de l'église l'avaient trouvé injuste envers la Chrétienté. Vospiscus, dans sa vie de l'empereur Tacite (chapitre 10) indique l'état de la situation au troisième siècle: "Cornelium Tacitum, scriptorem historiae Augustae, quod parentem suum eundem diceret, in omnibus bibliothecis conlocari iussit neve lectorum incuria deperiret, librum per an-nos singulos decies scribi publicitus evicos archiis iussit et in bibliothecis poni" (le texte est de toute évidence corrompu dans la lecture de evicos archiis).

Quoi qu'il en soit, Tacite est mentionné et cité à chaque siècle jusqu'au sixième siècle inclus. En fait, le septième et huitième siècle sont les seuls siècles qui semblent ne pas l'avoir connu. Ce qui va suivre est l'ensemble des références connues faite à Tacite ou ayant fait usage de l'oeuvre de Tacite depuis les jours de Tacite et Pline jusqu'au temps de Boccaccio. Ce matériel fut réuni en 1888 et publié à Wetzler par Emmerich Cornelius, mais une quantité considérable de nouvelles références s'est manifestée entre temps.

Vers le milieu du second siècle Ptolomée publia son Gewgrafikh& 'Ufh&ghsij. En 2. 11. 12 (ed. C.Muller, Paris, 1883) il énonce en succession, le long des côtes du Nord de l'Allemagne, les villes de Flhou&m et Siatouta&nda. Ces derniers noms n'apparaissent nulle part ailleurs et ont un caractère douteux. L'explication est à chercher chez Tacite, Ann. 4. 72, 73:"Rapti qui tributo aderant milites et patibulo adfixi; Olennius infensos fuga prae-venit, receptus castello, cui nomen Flevum; et haud spernenda illic civium sociorumque manus litora Oceani praesidebat." Le gouverneur de la Basse Germanie décide d'agir promptement, action qui débouche sur: "utrumque exercitum Rheno devectum Frisiis intulit, soluto iam castelli obsidio et ad sua tutanda degressis rebellibus."  La cause de l'erreur de Ptolomée semble évidente.

Notons ici que l'utilisation évidente de Tacite par Ptolomée est considérée ici comme un signe de l'existence des Annales. Ceci contraste fortement avec la manière dont les citations patristiques des Évangiles sont assimilées à de "vagues traditions indépendantes". Notons également que Ptolomée ne fait pas mention de Tacite. Nous ne disposons toujours pas d'une atribution de cette oeuvre à un auteur pour les 40-50 années qui suivirent

Il est difficile de croire que Cassius Dio (qui fut publié peu aprés 200 ap.JC) ne connut pas au moins l'Agricola. En 38.50 et 66. 20 il mentionne Gaeus Julius Agricola comme ayant prouvé l'existence de l'île Britannique et en second lieu d'avoir relaté l'histoire du fugitif Usipi. Si nous tenons compte de la méthode employée par Tacite, dont le récit est loin d'être clair, et de l'usage d'une langue différente par Dio, il ne fait presque aucun doute que Tacite fut la source de Dio. Nous ne lui connaissons aucune autre source possible à ce jour. La dernière partie, concernant le retour et la mort d'Agricola, confirme la conclusion selon laquelle Dio emprunta à Tacite, et il semble que Tacite est laissé l'impression qu'il souhaitait.

Notez que nous n'avons toujours pas d'attribution de l'oeuvre à un auteur, et nous sommes maintenant à 80 années ou plus après la publication de ces oeuvres de Tacite. Nous avons déjà presque dépassé le nombre d'années qui sépare Papias des Évangiles.

Au cours du troisième siècle, Tertullien cite Tacite sur un ton plutôt hostile. Il avait parlé des Juifs sans respect et avait sous-entendu que les Chrétiens était une indésirable secte juive. Il n'est donc pas surprenant, en l'occurence, de voir Tertullien (première partie du troisième siècle) se référer à lui comme ille mendaciorum loquacissimus. L'apologiste défend les Chrétiens contre les charges les accusant d'adorer un âne. L'origine de ce scandale est attribué par lui à Tacite, Hist. 5. 3, 9. Apologeticus 16...

C'est la première fois que quelque chose est directement attribué à Tacite -- apparemment plus de 100 ans après! Tertullien cite également Tacite à deux autres reprises.

Lanctantius, au temps de Diocletien, est au moins une fois (Div. inst. 1. 18. 8) quelque peu réminiscent du style de Tacite mais cela ne nous permet pas d'affirmer qu'il fut un lecteur de Tacite, malgré une certaine ressemblance entre  Lactantius 1. 11, 12 et Germ. 40.

Vers à peu près la même date, Eumenius de Autun, dans son Panegyricus ad Constantinum 9, a assez clairement Agric.12 sous les yeux. Il suit l'erreur de Tacite qui pensait que les nuits étaient toujours courtes et attribue à celà les mêmes raisons que les Romains avaient... Non seulement les citations de Tacite sont d'un grand interêt mais également la prudente substitution des synomymes.

Vospiscus, toujours au quatrième siècle, cite Tacite avec Live, Salluste, et Trogue comme étant les plus grands historiens Romains... Ammien Marcellin, vers 400, publie son histoire, commencant là où s'était arrêté Tacite, indiquant une connaissance de ce que Tacite avait écrit. Vers la même époque Sulpice Sévère d'Aquitaine écrivit son Chronicorum libri et, en  2. 28. 2 et 2. 29. 2, utilise Tacite Ann. 15. 37 et 44 comme source. Quand aux détails sur le marriage de Néron, avec Pythagore et la punition infligée aux Chrétiens, les ressemblances verbales sont trop flagrantes pour qu'il ait pu puiser dans une autre source... Jérome dans son commentaire sur Zacharie 14 1, 2 (3, p.914) cite Tacite: "Cornelius quoque [de même que Josephe] Tacitus, qui post Augustum usque ad mortem Domitiani vitas Caesarum triginta voluminibus exaravit." Il ne donne pas d'indications suggérant qu'il ait lu Tacite----Il est fort probable qu'il n'ait jamais vu ses oeuvres----mais il connaissait une tradition selon laquelle les trente livres étaient numérotés successivement. Claudien ne peut pas être compter avec certitude parmis les lecteurs de Tacite malgré ses références suggéstives à Tibère et Neron 8. le Quatrième consulat d'Honorius...Servius, d' autre part,a de toute évidence lu le texte, bien qu'il se réfère a un texte perdu de Tacite. Hégésippe fit une traduction latine libre de la Guerre des Juifs de Josephe, incluant de nombreuses additions dont certaines proviennent des Histoires de Tacite. Par exemple en 4.8: "denique neque pisces neque adsuetas aquis et laetas mergendi usu aves." Comparer avec Hist. 5.6: "neque vento impellitur neque pisces aut suetas aquis volucres patitur." Il y a une certaine tentative préméditée de modification du vocabulaire sans pour autant chercher à en dissimuler la source. Parmis les écrivains du cinquième siècle, Sidoine Apollinaire et Orose ont laissé des traces évidentes de leur familiarité avec Tacite, marquée par un profond son oeuvre d'écrivain. En Ep. 4. 22. 2 Sidoine fit un jeu de mot sur le nom de Tacite. Aprés s'être comparé à Léo, Pline et Tacite, il affirme que si ce dernier devait revenir à la vie et voir quelle fut l'éloquence de Léo dans le champ de la narration, il en deviendrait véritablement Tacite. Le nom qu'il nous rapporte est Gaius Cornelius Tacitus. À nouveau en Ep. 4. 14. 1 il cite Gaius Tacitus parmi les ancêtre de son ami Polemius. Il fut, dit Sidoine, un personnage consulaire à l'époque des Ulpiens: "Sub verbis cuiuspiam Germanici ducis in historia sua rettulit dicens : cum Vespasiano mihi vetus amicitia" etc... Les citations chez Orose sont par nature assez différentes de ces références informelles et ces estimations d'ordre général. Orose est toujours à la recherche d'un sujet de discorde, et c'est bien le contenu plutôt que le style qui l'interresse. Il se réfère à Tacite de manière explicite et en longueur. Il effectue une comparaison critique entre les citations de Cornelius Tacitus et celles de  Pompée Trogue puis à nouveau de Tacite, Suetone et Josephe. Les mentions et citations de Tacite sont toutes dans Adversus paganos et toutes tirées de Histoires. En 1. 5. 1. Orose affirme: "Ante annos urbis conditae MCLX confinem Arabiae regionem quae tune Pentapolis vocabatur arsisse penitus igne caeleste inter alios etiam Cornelius Tacitus refert, qui sic ait: Haud procul inde campi . . . vim frugiferam perdidisse. Et cum hoc loco nihil de incensis propter peccata hominum civitatibus quasi ignarus expresserit, paulo post velut oblitus consilii subicit et dicit: Ego sicut inclitas . . . cor-rumpi reor." La citation est de Hist. 5. 7 et, malgré des variantes interessantes, elle est assez exacte. Il en est de même de sa citation de Hist. 5. 3 dans Adv. pag. 1. 10. 1...

Cassiodore est un écrivain du sixième siècle qui semble avoir employé Tacite comme source. Dans tous les cas, il ne semble pas savoir grand chose sur sa source puisqu'il parle "d'un certain Cornelius"; mais il empreinte à Germania 45... Près de cent ans ou moins après Cassiodore, Jordanes écrivit son De origine actibusque getarum qui emprunta largement à l'histoire des Goths de Cassiodorus. Que l'un ou l'autre de ces auteurs avait dû connaître Agric. 10 est confirmé par le passage suivant de Jordanes (2. 12, 13): "Mari tardo circumfluam quod nec remis facile impellentibus cedat, nec ventorum flatibus intumescat, credo quia remotae longius terrae causas motibus negant. Quippe illic latius quam usquam aequor extenditur . . . Noctem quoque clariorem in extrema eius parte menima quam Cornelius etiam annalium scriptor enarrat. . . Labi vero per earn multa quam maxima relabique flumina gemmas margaritasque volventia." La confusion du texte sur memma quam est supposé provenir de minimamque alors que nous attendions plutôt brevemque. Le dernier extrait provient probablement de Mela. Le Scholiaste de Juvenal 2. 99 et 14. 102 se réfèrent aux Histoires les attribuant à Cornelius dans un cas, et dans l'autre à Cornelius Tacitus. La première citation est la suivante :"Hunc incomparabilis vitae bello civili Vitellius vicit apud Bebriacum campum. Horum bellum scripsit Cornelius, scripsit et Pompeius Planta, qui sit Bebriacum vicum a Cremona vicesimo lapide." La seconde est une double description de Moïse: "sacerdos vel rex eius gentis"; (b) "aut ipsius quidem religionis inventor, cuius Cornelius etiam Tacitus meminit" (cf. Hist. 5. 3).

 En comparaison, cet argument est nettement insignifiant par rapport au nombre incroyable d'attributions et de témoignages faits par les écrivains patristiques, certains datant même d'avant (mais beaucoup à la même époque) ceux mentionnés ci-dessus pour Tacite. Comment quelqu'un, une fois confronté à de tels arguments, peut il encore en toute honnêteté affirmer avec certitude la paternité de Tacite pour l'ensemble de son oeuvre (là où nous disposons de certaines preuves) tout en écartant l'authenticité des Évangiles, qui disposent de témoignages extèrnes bien meilleurs? J'ai récemment consulté un livre intitulé Texts and Transmission (Clarendon Press, 1993) qui recueille des données analogues pour d'autres oeuvres anciennes. Ce livre faisait mention de nombreuses oeuvres classiques datant de l'époque du NT et dont la paternité et la date ne sont remis en question par personne (bien que certaines présentent des difficultés quand à leur texte, tout comme le NT) dont les copies les plus anciennes datent d'entre le 5ème et le 9ème siècle de même que leur attribution à un auteur, (par exemple, l'existence du De medicina de Celse n'est attestée que dès 990 ap.JC puis plus du tout jusqu'à 1300!), et disposant de si peu de témoignages textuels que si ils furent traîtés de la même manière que l'est le NT, toute l'antiquité serait réduite à un grand vide d'inconnaissance paranoïde. Si les Évangiles étaient traîtés sur un pied d'égalité, la question de leur provenance ne se poserait pas, mais c'est bien là la dernière des choses que souhaitent les critiques.

Non pas que l'absence de nom pour un texte signifie automatiquement que l'auteur en soit anonyme, quoi qu'il en soit: Dans cette période précédant la publication, et juste avant l'apparition du codex, l'équivalent du dos ou de la chemise d'un ouvrage était une étiquette située à l'extérieur du parchemin identifiant l'oeuvre en question -- à partir du moment où il n'y avait pas d'autres moyens concrets pour identifier le contenu du parchemin et le differencier des autres parchemins (autrement que par leur apparence exterieure), Quelque soit la date ou l'auteur des Évangiles, ils n'auraient jamais pu être laissés tels quels "non-identifiés" , tout du moins pour des raisons pratiques: Ils auraient besoin de porter au minimum un titre/descriptif, surtout si ils étaient déstinés à être lus par plus d'une personne ou un petit groupe de personnes. Hengel note que [Heng.4G, 48]:

Les oeuvres anonymes étaient relativement rares et ont dû recevoir un titre dans les bibliothèques. Ils recurent souvent le nom d'un pseudépigraphe....Les oeuvres sans titres recurent fréquement deux ou plusieurs titres lorsqu'ils figuraient dans différentes bibliothèques.

 

Dès lors que même les critiques admettent que les Évangiles furent déstinés à une large audience (tout au moins à une "communauté" de croyants) ils doivent expliquer pourquoi ces facteurs pratiques ne seraient pas valables et autoriseraient ainsi un Évangile à rester "anonyme" sans être plus tard attribués à différents auteurs. Les Sceptiques et critiques seraient plus crédibles si ils pouvaient trouver une copie de Matthieu qui serait attribuée à André, ou à aucun auteur; ou une copie de ce qui est de Marc attribuée à Barnabé. Mais les titres sont unanimes et sans équivoques -- Il n'existe pas le moindre changement en ce qui les concerne, et les critiques ne nous ont pas non plus fournis le moindre exemple de textes d'Évangiles sans titre, et ne le peuvent pas: "il n'existe pas de traces d'un tel anonymat [en ce qui concerne les Évangiles]", et les témoignages de leurs paternités sont unanimes quels que soient le lieu ou l'époque concernés[Heng.4G, 54]. Il est difficile de voir pourquoi cette preuve est jugée insuffisante pour les Évangiles alors que bien, bien moins que celà est tout-à-fait accèptable lorsqu'il s'agit des oeuvres séculières et leur attribution.

Si nous ne nous arrêtons pas à de telles considération sur le titre : Comment les historiens séculiers déterminent-ils la date et la paternité d'un ancien document? Dès lors que nous avons commencé avec les Annales de Tacites, nous continuerons d'employer cet exemple. (Comme nous l'avons remarqué précédemment, certains au 19ème siècle jugeaient que l'oeuvre de Tacite étaient une contrefacon tardive -- malgré les titres qu'ils portaient! -- Les études sur l'oeuvre de Tacite ont longtemps laissé ce problème de côté,et si les preuves utilisées par les historiens séculiers sont assez bonnes pour Tacite, alors elles devraient également l'être pour les évangiles.)

 

Preuve intèrne de concordance. Il est  inutile de préciser que si Tacite nous affirme que Néron ouvrit son réfrigérateur, en sortit un burrito, et le mit dans son four à micro-ondes, nous aurions de bonnes raisons de douter qu'un auteur du second siècle comme Tacite puisse être derrière ce document! D'autre part, on pourrait s'attendre à ce que Tacite ait composé son oeuvre à la manière où un représentant du gouvernement Romain l'aurait écrite. Il n'aurait pas pu produire une oeuvre remplies de fautes d'orthographe et d'expressions populaires; il emploierait sans aucun doute des expressions gouvernementales (mais probablement pas des termes, disons, ruraux); il révélerait une certaine attitude propre à un membre de la haute-société Romaine.

Nous verrons que certaines des objections individuelles portées contre les Évangiles à propos de mots et/ou de concepts qui étaient supposés ne pas avoir existés lorsque les auteurs composèrent leurs oeuvres. Nous verrons aussi des objections affirmant qu'un certain individu n'écrirait pas d'une certaine manière. Bien sûr, si dans le cas inverse, nous n'avions ni mots - ou concepts- anachroniques, et si l'oeuvre montre des signes d'écriture proche du style où l'auteur nommé l'aurait écrite, il y'a alors là une preuve évidente en faveur de la paternité de l'oeuvre pour cette personne. Un certain nombre de commentateurs (même dans le camp traditionnaliste) ont tendance à considérer ce genre de preuves comme n'étant pas véritablement décisives; Je m'interroge donc, si cela est une confirmation suffisante pour les savants séculiers, pourquoi donc ne l'est elle pas aussi dans ce cas?

Preuve extèrne de concordance. Si Tacite est cité par d'autres personnes, ou si on trouve sa trace dans d'ancients documents, et si d'autres lui attribuent une oeuvre, nous disposons dans ce cas d'un témoignage clair qu'il a bien écrit le document en question (voir plus haut). Si, d'un autre côté, certains auteurs ont à une époque (la plus proche possible de l'époque de Tacite) soit nié que Tacite ait écrit une oeuvre qui lui est attribuée, ou encore ont attribué cette oeuvre à un autre (sans faire référence à Tacite), nous aurions alors de vraies raisons de douter que Tacite en soit l'auteur. En même temps, si les oeuvres de Tacite sont mentionnées dans d'autres documents, cela peut être utilisé comme preuve pour la datation des oeuvres de Tacite, en accord avec les dates des oeuvres citées précédemment. (Une absence de telles citations ne prouverait pas necessairement qu'il soit d'une date plus tardive, mais celà créerait un doute dès lors qu'il y'aurait d'autres raisons de douter.)

À la lumière de ces quelques considérations -- qui ne proposent rien de radical ou de nouveau -- nous pouvons à présent poser ces questions d'ordre général:

1.  Si les Évangiles sont anonymes, pourquoi n'existe-t-il pas d'autres traditions attribuant les évangiles à un auteur différent? Les témoignages du second siècle attribuent unanimement les quatres Évangiles aux personnes qui en portent encore aujourd'hui leur nom. Cela suggère qu'ils ont dut recevoir leurs titres très tôt; car si cela n'avait pas été le cas, il y aurait eu de grandes spéculations au sujet des véritables auteurs - "une variété de titres seraient inévitablement apparue" comme celà fut le cas pour les évangiles apocryhes.[Thie.EvJ, 15]; voir aussi [Heng.Mark, 82] Il est plutôt difficile de croire que les Évangiles aient pu circuler anonymement pendant 60 années ou plus pour qu'ensuite quelqu'un ait finallement pensé à leur attribuer des auteurs -- et se soit débrouiller pour que toute l'Église éparpillée à travers le territoire Romain puisse tomber d'accord.

2.   Pourquoi donc avoir choisi des personnages aussi peu évidents? Luc est nommé à quelques reprises dans le NT, un personnage très obscur. Mark était un sale gosse; il abandonna Paul (Actes 15). Matthieu était un des apôtres, mais il était également collecteur d'impôts - choisiriez-vous un agent du FISC et en l'occurence, un bien obscur apôtre pour être l'auteur de votre Évangile? [Wilk.JUF, 28] Seul Jean est un choix logique d'auteur pseudonyme. Cet argument est renforcé lorsque certains utilisent même comme excuse que le choix de personnages obscures pour auteurs ait put être délibéré, afin, justement, de nous faire croire à leur authenticité!

3.  Comment les premières communautés chrétiennes auraient-elles pû accorder une quelconque autorité aux Évangiles à moins de savoir qui les a écrits. Même si nous acceptions une date aussi récente que celle suggerée par certains critiques, il est fort peu probable que les Évangiles aient put avoir un quelconque avenir à moins d'avoir été attribués avec certitude à quelqu'un qui savait ce qu'il écrivait et qui était reconnu comme tel. (D'autre part, je dois dire que certains critiques assument un haut degré d'ingénuité de la part de l'église du premier siècle!) En partant de là, Hengel [CarMoo.Int, 66] en a déduit que les Évangiles ont recevoir leurs titres immédiatement -et non pas au second siècle. Pour qu'un auteur anonyme ait ainsi composé un Évangile, et l'ait fait accepter comme provenant de l'un des quatres ou de quelque autre personne ayant autorité, il leur faudrait concocter une histoire expliquant comment le document parvint en leur possession ("Ma grand mère connaissait Matthieu et il lui donna une copie... j'ignore pourquoi elle n'en parla jamais à notre famille!"); Essayer d'expliquer comment l'oeuvre d'une telle personne aurait pû disparaître ou demeurer inconnue; ensuite essayer de convaincre l'église local puis à travers la totalité de l'Empire Romain (sans compter que la découverte d'un tel document créérait la sensation, voire une grande controverse) de l'authenticité de cette oeuvre.Comment un critique pourrait il expliquer que de telles difficultés logistiques ait pû être contournées? J'ai pû remarqué à quel point ils savent s'agiter autour de généralités, mais ne vont jamais dans le vif du sujet pour expliquer comment Joe Gentile aurait pû vendre toute l'affaire à l'Église dans son ensemble. Y a t-il un autre exemple dans l'histoire séculière où un énorme groupe ainsi dispersé ait pû être embobiné par (et continuerait de l'être par) non pas un document frauduleux, mais quatre, attribués dans quelques cas à des membres appartenant à ce cercle, en des lieux et des périodes séparés? J'ajouterais encore concernant la théorie des deux sources, comment peut-on supposer que "Matthieu" et "Luc" ait pû employer un document anonyme comme source? l'autorité de Marc n'aurait pas pû être reconnue tant qu'on ignorait de quelle source il provenait; Mais si les critiques ont vraiment raison, l'autorité de "Marc" était suffisament reconnue non par un, mais par deux autres travaillant indépendament l'un de l'autre. (une manière de contourner ce scénario est d'imaginer une hypothèse selon laquelle ces oeuvres auraient été communiquées à travers des "prophètes" Chrétiens; voir en réponse, plus bas). 

  4. Au début du second siècle, il y avait des Chrétiens de la première génération encore en vie, qui se rappellaient des apôtres et de leur enseignement, et bien plus dans la génération suivante, auxquels ces informations auraient été directement transmises. Nous avons de très anciens témoins de l'authenticité des Évangiles. Papias écrivit vers 110-130, et il n'a surement pas avancé les noms de Matthieu et Marc dans le feu du moment. Ceci étant, comment quelqu'un aurait-il pû se permettre d'attribuer les Évangiles à d'autres que leurs véritables auteurs du vivant de ces témoins de la première et seconde génération? les fidèles des années 70-90, là où des critiques supposent que les Évangiles furent composés dans l'anonymat, n'auraient connu aucune oeuvre de Matthieu et des autres; les fidèles d'après 90 qui descendaient de cette génération et vécurent à l'époque de Papias n'auraient recu aucune tradition concernant de tels documents.   

En plus de ces considerations d'ordre général, nous proposons ici de mini-essais sur chaque Évangile.

·        Matthieu

·        Marc

·        Luc

·        Jean



Libertés dans la Composition des Évangiles

[Questions Contre] [Documents Extra-communautaires] [Témoignages et Rapports d'Événements ] [Burton Mack et son Idée de Production et Fabrication Linguistique] [Manque de propos Matériel/Tradition et Sélection Orales ] [Allégation de "Prophètes" Ayant Créé les Paroles de Jésus]

L'église a-t-elle créé des "fictions évangéliques"? Le NT est il, intégralement ou partiellement, le produit de la foi de l'Église plutôt que la mise en écrit d'événements historiques?

C'est un sujet que nous effleurons par endroit, mais d'une manière générale, nous pourrions demander à notre tour:

1.  Pourquoi l'église aurait-elle créé une foi si difficile à suivre? De toute évidence, ils auraient pû considérablement se faciliter la vie en, par exemple, permettant les sacrifices à l'empereur de Rome comme le firent les Juifs - ou peut-être en simplifiant les passages difficiles!

2.  Pourquoi n'y a-t-il aucun passage concernant des problèmes de l'Église des siècles suivants comme par exemple la circoncision ? Nous en discuterons plus en détail

3.  Certains des documents que les critiques qualifient de tardifs, ne le sont tout simplement pas. Une des argument préféré des critiques est, par exemple, Matthieu 16:18 et 18:17 ou le mot "'eglise" est employé. [Perr.NTI, 175] C'est le "verset-qui-tue" typique censé démontrer que cette section de Matthieu est antérieure au reste. Mais le mot employé est ekklesia, et il était utilisé pour désigner les "rencontres officielles du peuple d'Israël" [Kiste.GCS, 83] - en d'autres termes, toutes forme d'assemblées cultuelles y compris la synagogue! De plus, une date tardive n'est avancée qu'à partir du point de vue selon lequel Jésus n'essaya pas de fonder un nouveau mouvement -- quelque chose qui est plus facilement assumé que démontré! Ainsi, ces versets ne peuvent pas être utilisé comme preuve d'anachronisme ou de créations ad hoc.

4.  Les documents des Évangiles ne reflètent pas la créativité d'une "communauté" Davies [Davi.INP, 115] l'exprime bien:

 

Le Nouveau Testament témoigne d'un accroissement viril des communautés Chrétiennes, il est vrai, mais également de communautés incertaines et immatures. Il est plus que probable que l'élan, la créativité, l'originalité  qui existent derrière la tradition Évangélique des oeuvres et paroles de Jésus devraient lui être attribuées à lui plutôt qu'au groupe Chrétien. Le genre d'observations pénétrantes préservé à travers les Évangiles nous dirige non pas vers des communautés -souvent plongées dans leur propre pensée- mais vers une source suprême en la personne unique de Jésus...

 

5. De plus, les témoins occulaires n'auraient pas permis une telle création. Ce point a été souligné par plusieurs auteurs. Commencons avec  John P. Meier:

On pourrait avoir l'impression (produite par ce genre de théories) qu'à travers la première génération de Chrétiens il n'y eut aucun témoin occulaire pour agir comme gardien contre les imaginations fertiles, pas de disciples des premiers temps prêts à devenir dirigeants qui pourraient maintenir un certain contrôle sur la tradition en évolution, et pas d'actions et de paroles frappantes de Jésus qui pourraient laisser des traces dans la mémoire des gens.  [Meie.MarJ, 169-70]

 

Et Thomas avec Gundry lament [Thom.HG, 282-3]:

Les critiques des formes remettent en question l'intégrité des disciples. Les disciples ont vu et entendu Jésus. Ils ont même pris part à son ministère. Pourtant, si les critiques littéraires ont raison, ils n'exercaient aucun contrôle sur l'exactitude de la tradition... Est-il concevable qu'au sein de ses propres débats et disputes l'Église primitive n'aurait pas passé sous examens des propos douteux concernant le ministère de Jésus? Si l'église n'avait pas examiné de telles affirmations, pourquoi alors existe-t-il un accord aussi profond sur la nature et les détails de ce ministère?Une communauté qui fut purement imaginative et manquant de discernement n'aurait pû en aucun cas former une tradition cohérente.

F. C. Grant, loin d'être un conservateur, affirme au sujet du Nouveau Testament [Gran.GOG, 1-2]:

...sa crédibilité de base et hors de doute; car elle ne repose pas sur les souvenirs d'un seul homme -celles de Pierre par exemple- ou celles de deux ou trois personnes, mais sur tout l'ensemple des premiers disciples dont le nombre est évalué par Paul à plusieurs centaines, et à plusieurs milliers dans les Actes. Les premières églises n'ont pas évolué isolées les unes des autres, mais dans le plein éclat de la vie publique des grandes cités de l'Empire Romain.

et finallement, Glenn Miller note:

Il nous faut aussi souligner que même les premières églises disposaient de 'moyens de contrôle', qui permettaient naturellement de conserver une tradition uniforme. Il y'a plusieurs indices qui indiquent que l'église primitive connaissait un nombre important d'échanges d'informations et de 'rapports d'événements'

1. Les premieres églises avaient un centre (Jérusalem) et des dirigeants (apôtres)

2. Lorsque l'église s'élargissait vers la Samarie, il y eut interaction avec les dirigeants de l'église mère (Actes 8. 14): "Quand les apôtres, restés à Jérusalem, apprirent que les Samaritains avaient accepté la Parole de Dieu, ils déléguèrent auprès d’eux Pierre et Jean." [Selon toute vraissemblance, Pierre et Jean furent les mieux informés sur les actes/paroles de Jésus]

3. Lorsque l'église s'élargi vers Antioche, nous voyons le même déroulement (Actes 11:22)"Bientôt l’Eglise de Jérusalem apprit la nouvelle. Elle envoya Barnabas à Antioche."

4. Quand surgit la question de la circoncision, l'église d'Antioche envoya Paul et Barnabé "à Jérusalem avec quelques autres frères pour parler de ce problème avec les apôtres et les responsables de l’Eglise.

5. Le premier concile de l'église fût tenu à Jérusalem  (Actes 15:23-29)

6. Paul acceptait l'importance qu'avait le centre de Jérusalem (Gal 2.1-2): "Quatorze ans plus tard, je suis remonté à Jérusalem en compagnie de Barnabas. J’avais aussi emmené Tite avec moi. J’ai fait ce voyage pour obéir à une révélation divine. J’y ai exposé l’Evangile que j’annonce parmi les non–Juifs, je l’ai exposé dans un entretien particulier aux dirigeants les plus considérés. Car je ne voulais pas que tout mon travail passé et futur soit compromis."

7. À Jérusalem, Paul était le bienvenu puis fût envoyé vers les Gentils (Gal 2.9cqs): "Ainsi Jacques, Pierre et Jean, qui sont considérés comme « colonnes » de l’Eglise, ont reconnu que Dieu, dans sa grâce, m’avait confié cette tâche particulière. C’est pourquoi ils nous ont serré la main, à Barnabas et à moi, en signe d’accord et de communion ; et nous avons convenu ensemble que nous irions, nous, vers les peuples païens tandis qu’eux se consacreraient aux Juifs.Ils nous ont seulement demandé de nous souvenir des pauvres–ce que j’ai bien pris soin de faire."

8. Paul (un natif de Tarse!) retournait à Jérusalem après CHAQUE voyage missionnaire.

9.Les apôtres et évangélistes dirigeants étaient accompagnés de leurs ministrères, les emmenant partout au contact des autres églises et croyants.

10. Les premières églises ne vécurent pas dans un espace vide de tous contacts. Ils correspondaient les uns avec les autres ( cf. I Clement, une lettre de Rome à Corinthes, datant de 95ap. JC, voir ATNT:48-49) et échangeaient des  documents du NT (voir Col. 4.16).

Il faut bien insister sur ce point--l'église primitive échangeait un nombre d'informations considérable, surtout parmis les dirigeants, et disposaient de" moyens de contrôles" qui auraient corrigé très tôt toutes aberrations significatives.

Vincent Taylor note dans le même esprit [Tayl.FGT, 41], en des termes s'appliquant tant au Jesus Seminar d'aujourd'hui qu'à Bultmann en son temps

Si les Critiques des formes ont raison, les disciples ont dû être transportés vers les cieux immédiatement aprés la Ressurection. Tel que Bultmann le concoit, la communauté primitive existait en isolement, coupée de ses fondateurs par les murs d'une ignorance inexplicable...Incapable de se tourner vers qui que ce soit  pour s'informer, elle doit inventer des situations pour les paroles de Jésus, et, mettre dans sa bouche des citations que la mémoire personnelle ne saurait vérifier. Tout celà est absurde; mais il y a bien une raison  pour ce refus obstiné de prendre en considération l'existence de dirigeants et de témoins...

De par la nature même de son étude, la Critique des formes n'est pas favorablement prédisposée vis-à-vis des témoins occulaires; elle traite de formes orales concues par des individus sans noms, et la reconnaissance des personnes qui pourraient enrichir la tradition par leurs souvenirs des événements est un élément perturbateur pour le bon fonctionnement  de cette théorie. Elle se trouve face une quantité inconnue là même où il se doit de travailler avec de précises 'lois de la traditions'. 

Et Boyd ajoute:

On peut tout particulièrement se demander comment les témoins occulaires de Jésus encore vivants et qui étaient sans doute toujours présents, témoins occulaires qui devaient avoir une certaine influence au sein de ces communautés, comment réagiraient-ils à la réécriture supposée de l'histoire  par Marc. Il faut se demander comment Marc aurait-il pû penser que sa fiction historique pourrait être acceptée par ces témoins occulaires. Et finallement, comment ces fabrications auraient-elles pû être non seulement acceptées, mais servir de motivation aux adeptes de Jésus au point où ils récupereraient ce "nouvel" Évangile et risqueraient leur vie en Évangélisant le monde Méditéranéen?[Boyd.CSSG, 216]

 

De telles presuppositions, comme nous l'avons dit précédemment, requiereraient de "hautes capacités d'ingénuité" de la part des premiers cercles Chrétiens.

 

De fait, sur quelle base s'appuit-on pour affirmer que l'Église ait pû simplement produire des choses à dire par la bouche de Jésus?Mack [Mack.Q, 193-200], entre autres, fait appel à la pratique Hellenistique de 'prosopopoiia', d'attribution à des personnes qui n'ont pas necessairement dit ce qu'on leur a attribué, mais qui "auraient pû" selon l'opinion de ses attributeurs, parceque de telles choses demeuraient dans l'esprit de la personne citée. 

1.  Mack (de même que le Jesus Seminar) on largement sur-amplifier l'importance de l'influence de l'hellenisme sur Jésus et les Évangiles. Mack, qui voit Jésus à la manière d'un sage cynique, doit compter sur l'hypothèse selon laquelle les autres écrivains évangélistes ont "enterré Q dans la fiction du Jésus-Juif sage"[ibid, 183] L'erreur ici est d'ignorer l'essence juive de Jésus, de Sa mission, et de Ses enseignements. La plupart des critiques érudits du NT retournent actuellement vers ce point de vue. (Pour une brève mais complète réfutation de l'idée de Jésus comme sage cynique, voir [Boyd.CSSG, 153-62].)

2.  La théorie de Mack est impliquée par son constant recours à l'imagination de la communauté et celle des premières églises. Le livre de Mack est plein de phrases du genre "il nous faut imaginer...on peut facilement imaginer..."([Mack.Q, 201-2], et ailleurs), "une longue période d'activité créative et intellectuelle", "une explosion d'énergie intellectuelle", "une interprétention étonnante du Christ-mythe à avoir émergé dès l'an 50", "surprenante imagination", "une réussite précoce en matière de fabrication de mythes Chrétiens", "L'Évangile de Matthieu apparu vers la fin des années 80 et apparait telle une véritable surprise,"etc., etc., ad nauseaum. [Mack.WhoNT, 80, 90, 109, 111, 154, 161]  Partout dans l'univers fantaisiste de Mack, nous sommes surpris, choqués, interpelés, désorientés, et dérangés par les développements du Christianisme primitif. La Théorie de Mack demande énormément d'imagination, car franchement, il y'a tellement peu de preuves pour la soutenir! Comme le disait Blomberg, la théorie de Mack comme tant d'autres est fondée sur:

...le principe selon lequel quelqu'un, une génération après les événements en question, a transformé radicallement l'information authentique circulant à propos de Jésus à cette époque, a surajouté un corpus quatre fois plus large de matériel nouveau, a refabriqué presque entièrement l'ancien à partir d'un autre materiel, alors que l'église souffrait d'une amnésie collective suffisament forte pour accepter toute ces transformations comme légitimes.

Blomberg note par ailleurs qu'il n'existe pas de tels parallèles dans l'histoire de la religion, d'une transformation aussi radicale d'un enseignant ou un leader célèbre, ce, en si peu de temps "et pas de stimilus identifiable parmis les adeptes de Jésus, qui aurait été suffisant pour créér un tel changement". [Wilk.JUF, 22] Précisément, de nombreuses années avant Mack, Kistemaker décrit avec justesse les méthodes de Mack's : "En terme d'approche de la critique des formes, la formation d'unités Évangéliques individuelles doit être comprise comme un projet téléscopé avec un cours d'action accéleré." [Kiste.GCS, 48] Et tout aussi justement, Wright [Wrig.PG, 106] décrit les méthodes de Mack et des autres critiques de son genre :

 

Un bon nombre d'érudits du Nouveau Testament, et en fait, un bon nombre de leurs études sur Jésus sont partis du principe selon lequel les évangiles n'ont forcément aucun sens tels quels, pour ainsi ouvrir la voie à leurs propres vues sur Jésus. Il a été supposé que nous savions, plus ou moins, ce qu'étaient la vie de Jésus, son ministère et sa propre conscience de sa mission, et qu'ils étaient fort différents de l'image que nous dresse les Évangiles. Mais les hypothèses de ce type manquent toujours de simplicité, à partir du moment où elles demandent une explication sur le sort du vrai ministère de Jésus, mais aussi pourquoi les premières églises dirent quelque chose d'aussi différent, et allèrent jusqu'à écrire des histoires fondatrices de 'mythes' qui ont si peu de relation avec les événements historiques. 

Et c'est ainsi que nous arrive la "communauté Q" entièrement fictive de Mack afin de tout nous expliquer; pourtant, tout ce qui est témoignages occulaires (sympathisants ou hostiles) est ignorés; d'autre part il est assumé qu'il n'y avait aucune contrainte à cette créativité au sein de l'église primitive. Nous sommes dès lors obligé de poser la question suivante: était-ce par pure coïncidence que ni textes, ni histoires, et ni preuves provenant de ces autres communautés de Mack n'ait survécus? Vous pouvez croire celà si ca vous plait - et si vous en avez la foi requise.

Même au-delà de la théorie spécifique de Mack, la "prosopopoiia", il existe nombre de critiques supposant que l'église créa des citations de Jésus adaptées à certaines occasions. Beaucoup évoquent l'idée qu'il existait des "prophètes" Chrétiens prêchant la parole du Seigneur, et que ces paroles étaient prises pour les paroles de Jésus de son vivant. D'une manière générale, nous pouvons répondre ainsi:

 

3.  Beaucoup de ce qui apparait dans les Évangiles ne concerne pas directement les premières églises. Si il y eu des passages qui furent créés puis placés dans la bouche de Jésus, et étaient par conséquent le produit de l'église primitive, pourquoi les sujets épineux concernant l'église primitive sont-ils absents de l'enseignement de Jésus? Par exemple, Jésus ne dit pas un mot sur la circoncision, ou l'expression en "langues", les règles de l'église, unité Juifs/Gentils, le divorce des époux non-Chrétiens, et le rôle des femmes dans le ministère. Si l'église s'était senti libre d'inventer des citations de Jésus, pourquoi pas des citations concernant ces sujets? Même Marc (7:19) a dû ajouter son propre commentaire d'interprétation, mais il n'a pas placé de paroles dans la bouche de Jésus.

4. De fortes traditions orales nous préservent de telles fabrications. Si la tradition orale était aussi solide que nous l'avons indiqué ci-dessus (et ils n'en serait que renforcés si les paroles de Jésus furent écrites quelque part), comment quelqu'un aurait-il pû s'en tirer en ayant créé des paroles de Jésus? Tout ce qui n'aurait pas été conforme avec ce que Jésus avait pû dire sur terre aurait été rejeté. (Voir ici pour une  introduction.)

 

5.  De telles paroles sont de l'ordre du souvenir et de la selection, non de la création.Tout ce que les critiques attribuent à l'Église de l'après-Pâques est tout aussi facilement interprêté comme provenant de Jésus Lui-même - faisant du document une remémoration du moment, plutôt qu'une création. Comme l'exprime Piatzia: "Les paroles qui furent retenues et transmises furent celles qui correspondaient aux besoins des missionnaires, prêcheurs, apologètes et pasteurs de l'église primitive."[Patz.MNT, 44] et Nickle, tout en acceptant le principe de création de la part de l'église, écrit aussi que [Nick.SGI, 15]:

Les mesures d'interpretation par lesquels l'église primitive employa des récits à propos de Jésus affectèrent le processus selectif. Ces récits qui répondaient le plus directement aux questions posées, ces narrations qui invitaient une compréhension plus claire furent les récits les plus fréquement employés.

Les récits les moins pertinents, affirme Nickle, furent moins répétés, puis tombèrent dans l'oubli. Price (non pas Robert, mais James - [Pric.INP, 171-2]) ajoute:

Il est bien plus probable que les intérêts des premiers Chrétiens les emmena à sélectionner, interpréter, et appliquer les récits de Jésus, plutôt que ces mêmes intérêts les amène à inventer des récits... si une grande partie de la tradition (des Évangiles) fut créée par des communautés manquant de perspective historique et donnant seulement de l'expression à leurs propres intérêts, comment expliquer la présence de récits défavorables aux personnages  les plus révérées de l'Église primitive? Et que dire des passages dans ces mêmes évangiles qui semblent compromettre les conceptions de la personne du Christ qui survécurent lorsque les Évangiles furent écrits?

Pour finir: Bien qu'on peut supposer que les paroles de Jésus furent appliqués à des cadres différents de l'original - ce qui se serait produit de toute manière puique deux situations ne sont jamais identiques!- nous ne pouvons PAS en déduire que des paroles furent créés hors du materiel originel- car:

6.  L'idée de "prophètes" au sein de l'église n'est pas appuyée par des preuves historiques. Cette idée fut proposée par Bultmann, qui dit que l'église ne fit "aucune distinction" entre les affirmations des prophètes Chrétiens (supposément depuis l'ascension du Christ) et le Jésus terrestre. Bultmann pris acte des déclarations qui furent justement attribuées au Jésus Ressuscité (1 Thess. 4:15, Rev, 2-3) puis s'en saisit, bien que dans aucun de ces cas les citations ne soient attribuées à Jésus lors de son séjour terrestre. Les Montanistes au cours du 2ème siècle en particulier, furent connu pour professer des paroles de Jésus à travers leurs extases prophétiques [Dunn.CS2, 145]. Il ne fait aucun doute que l'église se considérait elle-même capable de proclamations prophétiques sous autorité. Mais cette autorité allait-elle jusqu'à se permettre de placer des paroles dans la bouche de Jésus de son vivant? Notre réponse [voir aussi Dunn.CS2, 148ff]:

 

·        La plupart des candidats à de telles affirmations assument généralement ce qu'il leur faut prouver: que le Jésus terrestre n'était conscient ni de sa divinité ni de sa mission (Matt 11:28-30; Luke 11:49-51 -- ici je suis en désaccord avec Dunn, qui suppose que de telles paroles furent transferées vers Jésus, bien que dans de rares cas)

·        Il n'existe pas de parallèles pour l'attribution des paroles d'un prophète à une divinité: aucun ouvrages de l'AT ne nomme Yahweh comme son auteur; dans le judaisme, la littérature prophétique fut transmise sous le nom du prophète. La preuve en est que l'église a suivit ce paradigme. Luc nomme toujours les prophètes qui recoivent ces assertions (Actes 11:27, 13:1-2, 21:9-14); La Révélation est dite venir du Christ, mais à Jean(1:1). Celà implique que les églises "étaient aussi méfiantes envers les oracles prophétiques anonymes que leurs prédécesseurs juifs..."

·        Il existait des témoins "hostiles" qui pouvaient reconnaître les paroles qui ne cadraient pas avec ce que Jésus a dit ou aurait pû dire: Si l'église s'était démarquée du Judaisme sur ce point, il est difficile de croire que ce ne serait pas devenu un contentieux qui aurait trouvé des échos dans les halls d'accusation. Le Juif de Celse accuse les Chrétiens d'altérer les Évangiles afin de les harmoniser, mais il n'affirme pas qu'ils inventèrent des paroles de Jésus basées sur des oracles prophétiques, et les Juifs de la Diaspora qui voyageaient en Palestine régulièrement pour les fêtes et qui auraient entendu, ou auraient eu vent, des enseignements de Jésus, étaient partout pour rapporter ou lancer des accusations. D'autant plus qu'au sein même de l'église, les annonces prophétiques étaient testées comme ce fut le cas dans le Judaisme, pour la vérité et l'exactitude, car nombreux étaient les avertissements à l'encontre des fausses prophéties(1 Thess. 5:19-22, 2 Thess. 2:2). Les prophètes étaient testés de différentes manières -- par leur conduite (avec la Didaché nous offrant quelques exemples de "tests" et des directives de bonne conduite, comme vivre hors de la communauté plus de trois jours!), et par leur adhésion à l'orthodoxie (v. surtout 1 Jean 4:1-3). Ceci est d'autant plus valable que l'opinion populaire Juive considérait que l'esprit prophétique avait cessé avec Malachie. Si il existait des affirmations prétendant que cet esprit était à nouveau "opérationnel", elles aurait à passer de sérieux tests  pour survivre en Palestine et au sein de la Diaspora!

·        Le témoignage de Paul  (1 Cor. 7:10, 12) indique qu'il existait bien une différence entre les paroles de Jésus et les siennes: si Paul pouvait se permettre d'entrer en extases créatives, pourquoi n'y serait il pas "entré" pour nous en remmener quelques paroles du Christ ressuscité?[Boyd.CSSG, 122-4] Il considère son opinion comme inspirée, pour sûr, mais ne la met jamais dans la bouche du Jésus terrestre. (l'idée selon laquelle1 Cor. 7:10 serait de l'ordre de la "revelation spirituelle" recue directement par Paul n'est pas suffisante pour l'appuyer) D'un autre coté, le livre des Révélations est directement attribué au Christ exalté. Si l'église primitive avait donné son approbation à cela, pourquoi ce besoin de tout changer pour un Jésus terrestre? (Même les Gnostiques préferaient un attribution "célèste" plutôt que terrestre) Et notez que aucunes de ces paroles de la Révélation n'apparaît comme attribuée au Jésus terrestre des Évangiles.

Pour conclure, la perspective traditionnelle des Évangiles en termes de paternité, date et historicité est soutenue par les preuves à notre disposition, et rejetée uniquement par ceux que leur propre agenda théologique empêche de l'accepter.

Pour plus d'informations:

·        Gospel Gossip -- refutation à Acharya S sur les dates et l'authenticité des Évangiles



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